Agropôle

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|   1 month ago

Financer l’alimentation de l’avenir: Tanmay Annachhatre de Blue Horizon Ventures évoque les denrées à base de plantes, les emballages et l’investissement d’impact

Pragmatique et néanmoins optimiste, Tanmay Annachhatre évoque de manière éloquente les défis rencontrés lorsqu’il s’agit d’établir un système alimentaire durable, et la manière dont son entreprise d’investissement d’impact contribue à l’alimentation du futur. Principal venture de Blue Horizon Ventures, une société de capital-risque spécialisée dans les protéines végétales, qui a très tôt investi dans Beyond Meat, Tanmay Annachhatre est mesuré et érudit, comme on peut s'y attendre de la part de ceux qui sont habitués à jongler avec d’impressionnantes sommes d’argent. 

Une introduction éclair à l'investissement d'impact 

Tanmay Annachhatre a toujours été attiré par la finance, même lorsqu’il n’était encore qu’un enfant en Thaïlande. C’est en passant du temps dans la société d’investissement de son université, où il s’occupe de gérer les donations, qu’il fait ses premières armes sur ce terrain. «Cette première expérience m’a conduit ensuite chez Cambridge Associates, en Australie, où j’ai travaillé à plein temps, autant avec des actions de sociétés cotées en bourse qu’avec des obligations ou d’autres classes d’actifs».

Il se passionne pour les toutes jeunes entreprises et pour le rôle du capital-risque. «Je conseillais mes clients pour les aider à choisir des fonds et j’ai réalisé que ça fonctionnait avec les gens que j’appréciais, bien mieux que quand je ne m’intéressais qu’aux fonds en tant que tels.» Alors qu’il découvre l’univers des start-ups, bon nombre de ses clients sont en train de développer de puissants mandats reposant sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ou ESG). «L’exposition à la question de savoir comment accorder ses valeurs à ses investissements m’a fait l’effet d’un véritable tourbillon. Ce fut mon introduction à l’investissement d’impact.»

De la biologie synthétique aux pois façon poulet

En 2019, Blue Horizon frappe à la porte: «On m’offrait une chance d’investir dans un secteur en pleine croissance et qui avait un impact positif sur la planète». Il n’hésite pas. Depuis ses débuts dans l’entreprise, deux ans ont passé et il a apporté sa contribution à un grand nombre de projets d’investissement dans divers secteurs verticaux de l’alimentaire. «Anticipation des tendances alimentaires, biologie synthétique, initiatives en matière d’emballages» ne sont que quelques-uns des enjeux sur lesquels Tanmay Annachhatre s’est concentré.

En évoquant les projets sur lesquels il a travaillé au cours de ces deux ans en qualité d’investisseur d’impact, ses yeux se mettent à briller. «La société Planted, basée dans le canton de Zurich, se démarque nettement. Ses fondateurs ont lancé une alternative au poulet à base de pois et se mettent désormais à vouloir remplacer d’autres sortes de viande. Nous avons investi dans leur première levée de fonds en 2019 et il est rapidement apparu que ce n’était pas juste une bonne idée. Ce projet est solide et pourrait devenir énorme.» Blue Horizon a aidé à codiriger une levée de fonds de série A à la fin de l’année 2020, permettant à la start-up de poursuivre sa croissance. «C’est réellement un luxe de développer des relations durables avec une compagnie telle que celle-ci.»

Les systèmes alimentaires de l’avenir 

Mais il n’en va pas que de la nourriture en tant que telle. La production alimentaire locale, la réduction du gaspillage, l’agriculture durable sont, parmi de nombreux autres, des sujets qui font partie de la vision de Blue Horizon pour l’avenir de la planète. «Nous avons récemment investi dans une entreprise allemande qui conçoit des logiciels capables de prédire exactement combien de denrées alimentaires une boulangerie va vendre. Pour les magasins, cela permet de réduire le gaspillage alimentaire dans une mesure perceptible.»

Les emballages sans plastique sont une opportunité particulièrement intéressante pour Tanmay Annachhatre. «Tant d’entreprises nous disent: si vous résolvez ce problème, nous serons les premiers clients!». C’est un véritable appel à l’innovation, qui rend les investissements dans ce domaine passionnants. «Cette solution pourrait arriver plus tôt qu’on ne s’y attend: Blue Horizon a investi dans la start-up israélienne Tipa, qui produit des emballages compostables qu’elle fournit déjà à d’importants clients comme les supermarchés anglais Waitrose. «Cette solution est très compétitive au niveau des prix et livre des performances sur lesquelles de grands distributeurs sont prêts à miser.»

Bien entendu, investir dans l’avenir ne va pas sans difficulté: selon Tanmay Annachhatre, les start-ups doivent s’engager sur une voie délicate, où le leitmotiv est le suivant: «Nos prix vont baisser quand nous produirons davantage, et nous produirons davantage quand nous aurons plus de clients!» Le capital peut faire partie de la solution pour briser ce cercle vicieux. «En tant qu’investisseurs, nous sommes disposés à mettre à disposition des fonds et nous savons qu’il nous faudra peut-être patienter quelques années avant que les choses ne se mettent à bouger.»

Collaborer pour mieux innover

Tanmay Annachhatre est aussi convaincu que la clé est de réunir les parties prenantes sous un même toit. «Connecter plusieurs start-ups du secteur de l’alimentation est très utile pour faire circuler les talents et développer les réseaux. Il y a, dans le canton de Vaud, un grand nombre de graines qui n’attendent que de germer, mais il faut améliorer la collaboration. C’est pourquoi Agropôle est un pas résolument positif dans la bonne direction.» La Suisse est potentiellement intéressante pour un tel projet: «Culturellement, c’est comme avoir trois ou quatre pays dans un seul. Cela permet de tester des produits en sélectionnant différents clients B2C. Le niveau des prix suisses est plutôt élevé, de sorte que la pression sur les nouvelles entreprises est moindre quant au fait qu’elles devraient être immédiatement concurrentielles dans cette dimension.»

Le ton doux et mesuré de Tanmay Annachhatre s’anime à l’évocation des dix prochaines années dans le secteur alimentaire: «L’agriculture basée sur la culture de cellules va devenir viable sur le plan commercial,» dit-il, visiblement enthousiaste. «Et je pense que ce sera une percée fabuleuse.» Quoi d’autre? «Les aliments à base de plantes vont faire partie du quotidien, parfois aussi de manière inattendue. Nous investissons dans des entreprises de denrées végétales qui produisent des matières grasses et des aliments pour animaux de compagnie, par exemple. Et ces denrées seront emballées de manière innovante.» Mais peu importe ce que nous réserve l’avenir, c’est le désir de voir surgir un système alimentaire durable qui fait avancer Blue Horizon. «Notre rôle est double: nous voulons faire des investissements qui ont de l’impact et fournir de bons retours à nos investisseurs. Ainsi, nous sommes toujours ravis de pouvoir nous impliquer dans tout ce qui peut servir ce double but.»

Victor Fankhauser, agriculteur et père du fondateur

En tant qu'agriculteur, nous avons une responsabilité sur nos ressources, sur la manière dont nous cultivons la Terre. Il est de notre devoir d'en prendre soin, pour nos générations futures.

Victor Fankhauser, agriculteur et père du fondateur