Agropôle

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|   8 months ago

Alimentation du futur: Arman Anatürk de FoodHack évoque le gaspillage alimentaire, les aspects positifs de la pandémie et les bénéfices de la collaboration

Enthousiaste, visiblement passionné, Arman Anatürk est le cofondateur de FoodHack et travaille avec des start-up depuis qu’il a 18 ans. Il passe aujourd’hui ses journées à présenter les créateurs de sociétés de technologie alimentaire à des investisseurs, et a toujours à l’esprit les derniers développements dans ce domaine. Si vous désirez connaître les prochaines grandes tendances dans l’agroalimentaire, c’est vers Arman qu’il faut vous tourner.

Premier pas dans les start-up

Sa scolarité terminée, Arman se lance dans des études d’architecture au Royaume-Uni, avant de réaliser que le long chemin qui l’attend jusqu’au diplôme ne lui convient pas. Il accepte alors le stage que lui propose un ami dans une start-up. Le reste, comme il le dit lui-même, appartient à l’histoire: il laisse tomber l’université et décide de poursuivre sa carrière dans le domaine des start-up.
 
Arman a grandi dans une famille turque occidentale, où la nourriture a toujours fait partie de son existence. «Les ingrédients locaux et leur provenance jouaient un grand rôle,» dit-il. Un contrat passé tôt avec la multinationale de biens de consommation courante Unilever le confronte à l’écosystème des entreprises technologiques et des start-up. «Ces deux choses, mon intérêt pour l’alimentation et une exposition soudaine à la technologie alimentaire ont fini par semer les graines qui allaient devenir FoodHack.»

Créer un lien entre les innovateurs de l’alimentaire

La communauté mondiale conçue par Arman pour les innovateurs du secteur alimentaire a réellement pris son envol en 2015. «La technologie alimentaire était alors relativement nouvelle, mais un groupe d’entrepreneurs travaillant sur des solutions alimentaires durables, nutritives, couplées à la technologie, était déjà en train d’émerger. Avant cela, le terme de technologie alimentaire désignait plutôt des entreprises qui fournissaient des équipements techniques aux restaurants.»

«Nos recherches ont montré qu’un changement avait lieu au sein de l’industrie alimentaire. De grandes entreprises des biens de consommation courante se mettaient à investir dans des solutions nouvelles, tandis que les consommateurs se montraient de plus en plus critiques sur le contenu de leurs assiettes. Un marché entier s’est alors ouvert pour les start-up œuvrant dans des domaines aussi variés que les protéines alternatives ou des livraisons plus rapides. Notre première manifestation était un rassemblement organisé à Zurich et, cinq ans plus tard, nous avons des groupes dans 30 villes. Notre newsletter est lue par 10 000 personnes chaque semaine.»

Résoudre les problèmes

Arman pense déjà à demain lorsqu’il évoque les plus grands défis du système alimentaire actuel. Ce n’est pas forcément surprenant puisqu’il passe une grande partie de son temps à en discuter avec son réseau. «Les changements climatiques sont visiblement le plus grand défi, mais tout est interconnecté. Le gaspillage alimentaire est responsable d’une quantité faramineuse d’émissions.»

Arman explique que dans les familles turques, éviter le gaspillage alimentaire s’apprend dès le plus jeune âge: «Il y a même un mot pour cela, ‘günah’, qui signifie ‘péché’.» Pourtant, historiquement, le gaspillage alimentaire n’a jamais été considéré comme un domaine dans lequel il valait la peine d’investir. «Aujourd’hui, les consommateurs font pression pour que les entreprises trouvent des solutions, et les investisseurs en prennent conscience. Il existe des solutions à toutes les étapes du processus, depuis la génétique des récoltes pour prévenir le gaspillage avant qu’il ne se produise jusqu’aux start-up qui valorisent des sous-produits pour en faire de nouveaux aliments. Tant qu’il y aura du gaspillage, il y aura des occasions à saisir.»

Les bons côtés de la pandémie

La pandémie a rendu l’environnement commercial difficile pour bon nombre d’acteurs, mais Arman voit aussi des points positifs dans cette épreuve. «Le transfert vers l’épicerie en ligne signifie que les consommateurs ont accès à une gamme plus large de produits, et pas juste à celle qui leur est proposée dans les linéaires de leur supermarché. Et les difficultés d’approvisionnement leur ont montré le rôle des chaînes d’approvisionnement dans leur alimentation de tous les jours.»

2021 a provoqué un nouvel élan: «Après tout ce temps passé à réfléchir à la maison, les gens réalisent peu à peu que travailler ensemble peut permettre à la Suisse de progresser en tant que hub de la technologie alimentaire.» Selon Arman, la Suisse a longtemps disposé de tous les ingrédients nécessaires pour devenir cette plaque tournante. Cependant, «il manquait la volonté de le faire.» Le problème du peu de collaboration entre les entreprises et les cantons a été surmonté petit à petit (en grande partie grâce à son propre projet). «Plus récemment, Givaudan, Bühler et Migros se sont associées pour créer une entreprise pilote destinée à produire de la viande cultivée. Cela ne serait jamais arrivé il y a 5 ans,» dit-il.

La culture suisse à la rencontre des foodtech

Arman vit à Lausanne depuis cinq ans, ce qui lui a largement laissé le temps de se forger un avis sur la rencontre entre culture suisse et technologie alimentaire. Il cite la tradition agricole helvétique comme l’un des moteurs principaux: «La Suisse produit traditionnellement 50% de ce qu’elle mange sur son territoire, ce qui est énorme comparé à d’autres pays. Elle accueille en outre des multinationales, des universités et des talents dans le domaine de la technologie.» Cela dit, le système suisse ne facilite pas les choses aux entrepreneurs, loin de là. «Les coûts de la vie élevés sont un réel problème,» ajoute encore l’observateur. «Le talent coûte cher. Et les prix des produits sont tellement hauts qu’il est difficile de les appliquer à d’autres marchés.»

La société FoodHack a été fondée pour relever certains de ces défis. Le premier but était à l’origine de créer un événement qui ne soit pas dirigé par une entreprise. Arman venait d’arriver en Suisse et n’avait pas encore de contacts. «Avant nous, les gens en Suisse ne se réunissaient pas lors de manifestations destinées aux entrepreneurs comme celles-ci. Pour les autres, c’était juste rafraîchissant de se retrouver dans une pièce avec d’autres personnes travaillant, comme eux, sur divers projets.»

Collaboration créative

Il ne tarit pas d’éloges pour d’autres initiatives basées sur la collaboration comme Agropôle. «Avant Agropôle, il n’existait pas de lieu, en Suisse, permettant de créer des liens entre les agriculteurs, les producteurs et les distributeurs. Il faudra du temps pour que l’idée d’une Suisse fonctionnant comme un hub de l’innovation alimentaire et connectant les membres de la chaîne de création de valeur et non pas quelques-uns seulement puisse faire son chemin.»

Quand on l’interroge sur l’avenir des technologies alimentaires, Arman s’enflamme: «En ce moment, les valorisations des technologies alimentaires crèvent le plafond, mais toutes ces entreprises ne vont pas réussir. Traditionnellement, 99% des start-up échouent. Ces prochaines années, une consolidation aura lieu sur le marché. Le secteur est en voie de maturation. Tant que les consommateurs restent les moteurs du changement, il y aura des financements, des innovations et de nouvelles idées.»

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Alain Schacher, directeur général de l'Agropôle

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